A travers ces quelques pages, je vais vous raconter mon arrivée dans la grande maison de l'Éducation Nationale. La vie réelle d'un jeune enseignant n'est pas toujours la représentation que nous en avons, surtout si cet enseignant se trouve en banlieue parisienne.

Pour ce sujet, j’ai presque envie de dire que je détiens un scoop ! Qui plus est sur la sécurité de l’établissement et accessoirement des personnes se trouvant à l’intérieur !!!
Cette semaine a eu lieu la réunion du comité de sécurité. D’après ce que j’ai compris, il s’agit d’une commission qui se déplace pour vérifier si l’établissement est bien aux normes de sécurité. Les jours précédents, branle-bas de combat à la direction, ils veulent que tout soit nickel chrome. Donc pour ça, la direction fait un tour avec les agents pour constater tout ce qui ne va pas.
Ça me fait penser aux entreprises, lorsque le grand patron débarque de Paris, tout doit être parfait, ils font tout nettoyer, du sol au plafond, vérifient et vérifient chaque détail et recoin de la boîte. Et après le reste de l’année, rien ne se passe, aucune piqûre de rappel, rien, jusqu’à une nouvelle visite !
Encore heureux que ce genre de chose existe, sinon, je vous laisse imaginer le carnage.
Donc là, tour de la propriété au préalable pour voir les problèmes éventuels.
Le principal étonnait, s’aperçoit que les portes coupe feu ne possèdent plus leurs joints pour une grande majorité d’entres elles, ce qui annule bien évidemment l’effet d’étanchéité en cas d’incendie, qui est là pour limiter les courants d’air et la propagation de la fumée. Mais où sont passés ces joints ?
Il s’avère que le joint peut se transformer en fouet lorsqu’il est arraché de la porte. Par conséquent, les élèves s’en donnent à cœur joie. Tout le monde le sait, même le principal, puisque des rapports ont déjà été effectués.
Donc ceci est à modifier par les agents dans les plus bref délais, sous l’injonction de la direction.
On passe à la suite, autre problème, tous les extincteurs du collège son emmaillotés. Mais encore une fois, pourquoi ?
C’est pour rendre l’accès aux extincteurs plus difficile, car les élèves (une fois encore), s’amusent à s’en servir, bah oui c’est plutôt marrant ça fait de la mousse et ça fait rire tous ses camarades. Le souci, c’est qu’une fois utilisé, même faiblement, il faut le remplacer, et ça a un certain coût. Donc pour éviter ces désagréments, il y a un gros plastique scotché qui couvre tous les extincteurs. Seul détail, c’est formellement interdit, car si ça rend l’utilisation intempestive pénible (il faut du temps pour enlever le plastique), en cas d’incendie aussi !
Il faut donc retirer tous les plastiques des extincteurs et surtout le scotch avant la venue du comité de sécurité.
On continue la tournée, la direction n’est pas au courant de ce dernier point, mais moi si ! Je suscite naturellement la confiance (J’ai au moins une qualité. Est-ce une qualité ? Pas sûr !), donc j’apprend des choses en discutant …
Bref, il se trouve que les vasistas de sécurité qui se trouvent un peu partout dans l’établissement et en particulier dans les cages d’escalier sont tous bloqués à l’ouverture. Ces vasistas servent à évacuer la fumée se trouvant dans l’établissement lors d’un incendie, la commande d’ouverture se fait manuellement. Et nous nous pausons naturellement la question, mais pourquoi sont-ils bloqués ?
Les élèves (toujours eux), ouvrent et referment manuellement ces vasistas à de nombreuses reprises sans raisons connues. Mais ces sécurités incendie ne sont pas faites pour être manœuvrées régulièrement. Ce qui a pour effet de casser le câble se trouvant à l’intérieur, sans compter les inondations de couloir que cela provoque lorsqu’il pleut.
Comme ce détail ne se voit pas, la personne qui a bloqué tous les vasistas, va donc les débloquer de son propre chef avant la venue du comité de sécurité.
Je me suis permis de signaler à cette personne qu’il était dangereux de faire cela pour toutes les personnes qui se trouvent dans l’établissement. Et c’est également dangereux pour lui, car en cas de problème si les autorités s’aperçoivent de cela, c’est un coup à aller directement à la case prison !
Malgré tout j’arrive à comprendre cette personne, car réparer des choses auxquelles on donne une durée de vie inférieure à un mois, c’est pénible, voire même horripilant !
Vous l’aurez compris par vous-même, si un incendie se déclanche, nous aurons le temps de tous nous asphyxier avant de sortir du bâtiment.
Photo : Bouche de métro, Paris.