A travers ces quelques pages, je vais vous raconter mon arrivée dans la grande maison de l'Éducation Nationale. La vie réelle d'un jeune enseignant n'est pas toujours la représentation que nous en avons, surtout si cet enseignant se trouve en banlieue parisienne.

Comme la quasi-totalité de mes collègues (il y a toujours quelques exceptions), j’accorde une importance spécifique à ma tenue vestimentaire lorsque je suis au travail, d’autant plus lorsqu’il s’agit du début de l’année scolaire. Pourquoi ?
C’est bien simple, les premiers cours sont cruciaux pour le reste de l’année voire les années suivantes que vous effectuerez dans le même établissement.
Car dès les premiers cours, vous devez marquer votre autorité, c’est presque une question de survie ! Car ne pas avoir d’emprise sur ses élèves dès le début de l’année, est une catastrophe, c’est eux qui vous mèneront par le bout du nez, et vous serez contraint de subir … Donc il faut à tout prix réussir sa rentrée. C’est pour cela que beaucoup d’enseignants sont stressés durant le début de l’année, car ils savent qu’en quelques heures, ils jouent leur année.
Pour vous aidez dans cette tâche délicate, qui est l’obtention de l’autorité auprès de vos élèves, tous les moyens sont bons, même sa tenue vestimentaire joue un rôle. Je qualifierais ce rôle de crucial, car la 1ère chose que voit l’élève c’est votre apparence. En plus, les élèves accordent un poids sans limite à celle-ci. A chaque cours, ils vous observent en détail de la tête aux pieds, si vous achetez un nouveau pantalon, ils le remarqueront.
Donc au début de l’année, pour mettre toutes les chances de mon côté, je m’habille de manière "chic", comprenez pantalon en toile (pas de jean), chemise obligatoire (la chemise rentrée dans le pantalon bien sûr), chaussures de ville nettoyées, une veste de temps en temps, … Bref, je suis "habillé", comme on dit.
Je ne vais pas jusqu’à sortir le costume et la cravate, car là j’obtiendrai sans aucun doute l’effet inverse, je perdrai en crédibilité, à moins de mettre en permanence un costume toute l’année, mais bon ce n’est pas mon style.
Malgré tout, il est hors de question de mettre ma paire de basket ou le dernier tee-shirt que j’ai acheté durant les vacances, c’est formellement proscrit en ce début d’année par mon règlement interne.
Tout ceci dans le seul but de marquer la distance entre élève et professeur. Ce n’est pas toujours simple, car il faut se montrer ferme, mais être aussi proche. Car en cas de problème, il faut qu’un élève puisse se confier. C’est délicat d’obtenir les deux, c’est tout un art. Je ne pense pas être encore à ce niveau, même si je sens une minorité (vraiment minuscule) d’élèves suffisamment proche en cas de problème, mais je tente de faire au mieux.
Revenons à notre tenue vestimentaire. Cette approche de début d’année dure un certain temps, au moins jusqu'à fin Octobre, c'est-à-dire aux 1ère vacances.
Après cette limite que je me suis imposé, je change ma garde robe. Attention pas de changement brusque du jour au lendemain, sinon tout le travail serait anéanti (car oui, il s’agit bien de travail), de temps en temps, je m’autorise donc une exception, un tee-shirt, un jean, …
Et puis arrive une 3ème période, celle de fin Décembre, c'est-à-dire les 2nde vacances. Après cette date, je m’habille comme bon me semble, parfois en tee-shirt, parfois en chemise. Bref, je suis libéré de cette contrainte.
Ne croyez pas que ce soit la solution formidable, il s’agit ni plus ni moins d’une aide pour asseoir son autorité, mais c’est une aide qui peut s’avérer importante dans la lutte à l’obtention de l’autorité !
Photo : Les bords de Seine, Paris.