Et voici le summum de la hiérarchisation des "incivilités" dans l'établissement, le permis à point. Tout d'abord pourquoi a-t-il été mis en place ? Tout simplement parce que l'établissement croule sous le nombre de rapport disciplinaire, et il y a un souci d'uniformisation de la sanction pour que celle-ci soit équitable d'un élève à un autre ou d'un prof à un autre. Tout le monde loge à la même enseigne comme ceci, pour un même incident, une même sanction s'impose.
Mais comment fonctionne ce système ? Il prend image sur le permis de conduire, car chaque élève de l'établissement possède son propre permis, avec un capital de 12 points. A chaque infraction il peut perdre plus ou moins de points selon la gravité de l'incident constaté. L'élève peut même perdre la totalité des points en une seule fois (mais pour arriver à ceci, il faut frapper un adulte de l'établissement et à plusieurs reprises de préférence).
Bien évidemment, vue la charge de travail supplémentaire que cela occasionne, il a fallu mettre en place une commission du permis à point. Cette commission est composée de divers adultes de l'établissement comme les CPE, des agents et des enseignants.
Durant cette commission qui fait plutôt figure de réunion hebdomadaire, ses membres traitent les rapports accumulés sur la semaine, et identifient chaque fait : injures, menaces, insolence, crachats, vols, bagarre, détérioration du matériel, jets d'objet sur un prof (un envoi d'objet dans la classe ne correspond pas à un fait suffisamment grave pour faire un rapport) … Et en fonction de ces différentes infractions, on attribue une perte de points correspondant selon un barème mit en place, ainsi qu'un nombre de jours d'exclusions si nécessaire et un blâme éventuel.
Ceci me rappelle un sketch d'un humoriste connu, où il expliquait : "Si tu fais une conneries, tu peux te retrouver avec un avertissement. Et ça ne rigole pas, après 5 avertissements, tu obtiens un blâme. Si tu arrives à 5 Blâmes, tu peux avoir des problèmes par la suite …". Grosso modo, ceux sont les dires de l'humoriste.
C'est un peu l'image que j'ai de ce fameux permis à point, en uniformisant les sanctions, nous les banalisons, et nous diminuons leurs poids et même leurs conséquences.
Il faut savoir qu'en moyenne, c'est entre 10 et 20 élèves exclus de l'établissement par semaine pour un ou plusieurs jours. Et généralement ces élèves sont exclus, non pas pour un fait effectué avec un adulte (la majorité du temps ce sont les enseignants qui effectuent les rapports), mais pour plusieurs faits avec plusieurs adultes.
Je donne un exemple, si un élève est insolent avec trois enseignants la même semaine, il perdra autant de points que si il avait été insolent une seule fois. Sinon, certains élèves tomberaient à zéro en une semaine. Tout est fait pour retarder au maximum le zéro du permis à point.
Pour que l'élève récupère des points, il lui suffit de rester calme (pas de rapport et pas d'exclusion) une semaine pour regagner un point. Généralement pendant une semaine comme celle-ci, l'élève fait de gros efforts, mais le prof aussi !
Le souci c'est qu'en classifiant ainsi chaque incident, la sanction est connue des élèves, et ils savent ce qu'ils sont "autorisés" à faire avant d'arriver au ZERO de conduite.
Lorsque l'élève frôle le minimum de point (inférieur à 5 environ), une commission éducative se met en place avec les parents ou l'éducateur, pour essayer de redresser la barre. Généralement après cette fameuse commission éducative, l'élève se tient correctement 2 ou 3 jours pas plus. Si rien ne change dans la durée, l'élève perd tous ces points, et dans ce cas, un conseil de discipline est organisé (si le quota n'est pas atteint car oui il existe bien des quotas officieux bien entendus).
Le conseil de discipline peut, soit exclure définitivement l'élève ou donner une Nème chance à l'élève qui récupère par la même occasion un permis à 12 points tout neuf.
Et l'histoire se répète de nouveau, "l'avenir est un long passé" …
Photo : Hôtel de ville, Paris.