Vers le début de l'année, avec une classe de 4ème, nous faisions un exercice où les élèves devaient écrire quelques mots, je passe dans les rangs et là je vois sur une feuille d'élève le mot suivant : "profaisaire". Ce mot m'interpelle et m'oblige à poser la question suivante à l'élève : "Qu'as-tu écris là ?". Il me répond, sûr de lui "professionnelle monsieur".
Vous prenez un coup monstrueux sur la tête, ça vous fait mal au cœur. Voir qu'un élève de 4ème fait une erreur aussi grossière témoigne qu'il ne sait ni lire ni écrire. Je le vérifie d'ailleurs sur les cours suivants.
Je comprends maintenant pourquoi il ne prenait quasiment pas les cours. Ce n'est pas qu'il ne voulait pas, c'est qu'il ne pouvait pas.
Quelques cours plus tard, je ramasse une feuille d'exercice. Je demande donc aux élèves d'inscrire leurs noms. Je me trouve à côté de l'élève en question. Et sa camarade dit : "Si ça se trouve il ne sait même pas écrire son nom !". Je la reprends et lui dit qu'il ne faut pas se moquer de ses camarades. Et j'observe l'élève qui tente d'écrire son nom, il n'est pas sûr de lui, il a la main fébrile. Il fait même une faute comme l'avait prédit sa camarade. Il s'y reprend donc à 2 fois pour écrire son nom sur la feuille.
Ce genre de chose vous fait froid dans le dos.
Lors du contrôle suivant, je me rappelle même l'avoir "un peu" aidé, et avoir fait mine de ne rien voir lorsqu'il a copié sur sa voisine.
Le pire dans tous ces événements, c'est qu'il passera probablement en 3ème. Car à quoi bon lui faire redoubler sa 4ème, ce n'est pas en 4ème que nous pourrons lui apprendre à lire. Ce pauvre gamin n'a pas sa place ici. Et j'en suis le 1er catastrophé. Il serait urgent de créer des classes spécifiques pour ces élèves laissés sur le bord du chemin…