A travers ces quelques pages, je vais vous raconter mon arrivée dans la grande maison de l'Éducation Nationale. La vie réelle d'un jeune enseignant n'est pas toujours la représentation que nous en avons, surtout si cet enseignant se trouve en banlieue parisienne.

Le sujet : Actuellement les mutations inter académiques (pour changer d’académie) sont quasiment paralysées dans plusieurs disciplines et pour de multiples raisons : nombre de places aux concours d’entrée en diminution de par des départs en retraite non remplacés, nombre d’annuités augmentées, enseignants sans emploi du temps, augmentation du nombre d’heures effectuées par chaque enseignant, les règles de mutation avec le PACS notamment, …
Tout ceci mérite peut être des explications.
Si il y a moins de personnes qui entrent dans le métier, cela veut dire qu’il y aura moins de personnes qui auront moins de points que vous pour les mutations. Si la pyramide des âges est coupée à sa base, cela revient à dire que les derniers qui sont arrivés vont rester "nouveau" pour longtemps. Et les nouveaux ont forcément moins de points pour les mutations que les anciens c’est mathématique, donc il faut patienter (longtemps) pour obtenir une mutation.
Pour les annuités, c’est simple, les enseignants en fin de carrière se trouvent le plus souvent dans des zones géographiques intéressantes (le bord de mer par exemple) et également dans des établissements désirés. Mais cela ne partent plus en retraites car ils doivent faire plus d’annuités pour partir avec une retraite pleine, résultat les nouveaux enseignants qui ont été pris aux concours en vu de remplacer ces futurs retraités, ne remplacent plus rien et n’ont même pas d’emploi, ils sont payés à ne rien faire (LVIII. Profession : Prof sans emploi !).
Ce qui nous amène au fait d’avoir des enseignants qui attendent un poste pour pouvoir travailler. Ces enseignants sont répartis un peu partout sur le territoire mais seulement dans quelques disciplines.
Chaque académie essaye de trouver un moyen pour utiliser cette main d’œuvre. Et d’éponger ce désordre comme ils le peuvent !
Actuellement, ils sont reclassés dans une autre matière (sans leurs laisser le choix) qu’il n’est pas la leur avec pour seule et unique formation quelques jours (je dis "quelques" mais dans le cas que je connais il s’agit de deux jours précisément), par contre ils ont une décharge de plusieurs heures par semaines. Enfin ça veut tout simplement dire qu’ils doivent se débrouiller tout seul pour ce changement important dans leurs carrières (je ne développe pas ce thème ici, car ce n’est pas le sujet), bon courage à eux.
Ces enseignants qui changent de matière contaminent donc (sans le vouloir) le système de mutation à d’autres disciplines. Et d’autres disciplines sont à leurs tours paralysées.
Passons aux heures supplémentaires. Plus un enseignant fait d’heures supplémentaires et plus il prend la place d’un autre professeur (c’est valable pour toutes professions), actuellement notre ministère fait ce qu’il peut pour aller dans ce sens là. Résultat là où des postes pourraient être créés, des heures supplémentaires sont distribuées. Donc moins de mouvement, qui permettrait de fluidifier un peu les mutations.
Puis le fameux PACS qui "boost" la mutation. C’est bien simple, les points sont donnés au titre du rapprochement de conjoint, mais dans la quasi-totalité du temps, ce n’est pas un rapprochement que les personnes veulent faire. Car il est plus simple que ce soit le conjoint qui soit en province de venir en région parisienne (tout le monde peut obtenir cette mutation pour l’année suivante) mais bien sûre, ce n’est pas leur souhait. Ils veulent partir de la région parisienne, et je ne parle pas des PACS blancs.
Les personnes non pacsées passent donc après.
Mes propositions : Le système de mutation est très complexe, j’ai d’ailleurs parlé de cinq points différents. Il faut avoir une vision globale du problème et non pas examiner les problèmes cas par cas.
Il est inutile de recruter des personnes au concours, si ce n’est pas pour les utiliser. Il y a de la place pour tout le monde, la preuve, c’est qu’on nous incite (le mot est peut être faible dans certains cas) à faire des heures supplémentaires … Si il y a des personnes qui n’ont pas d’emploi, il ne devrait pas y avoir des heures supplémentaires à distribuer !
Et sinon, pour permettre une fluidification des mutations, sachant que le point noir réside sur deux et uniques académies, je parle bien évidemment de l’académie de Créteil et Versailles. Il faudrait instaurer une sorte de "service militaire" pour les enseignants. A effectuer coûte que coûte leur 1ère année dans l’une de ces académies.
Car plusieurs enseignants ne passent pas par la case région parisienne, soit ils sont pacsés ou mariés avant d’entrer dans la grande maison, soit ils avaient déjà des points en tant que surveillants, soit ils étaient tout simplement dans le privé, mais ont voulu se reconvertir et ils ont fait valoir leurs années de cadre, ou ils étaient dans la fonction publique (France Télécom, militaire, …). Dans ce dernier cas, ils ont un nombre de points à faire pâlir n’importe quel autre enseignant.
Les répercussions : Si tous les enseignants faisaient au minimum une année scolaire en région parisienne, ça diminuerait le besoin en enseignant dans ces deux académies. Et par conséquent chaque professeur verrait sa durée d’enseignement en région parisienne diminuée.
Les problèmes éventuels : Du fait de mettre en place cette année incontournable dans les académies peu voire pas demandées par les enseignants, ceci augmenterait le nombre d’enseignants qui viennent en coup de vent (une seule et unique année). Remarquez, deux ans c’est peut être mieux …
Photo : Notre Dame de Paris, Paris.