A travers ces quelques pages, je vais vous raconter mon arrivée dans la grande maison de l'Éducation Nationale. La vie réelle d'un jeune enseignant n'est pas toujours la représentation que nous en avons, surtout si cet enseignant se trouve en banlieue parisienne.
Quelque chose m'a questionné lors de mon arrivée en établissement dit "sensible". Pourquoi le nombre de grévistes est si important dans ce genre d'établissement ?
Après une longue réflexion sur le sujet, j'ai dégagé plusieurs pistes.
La 1ère est liée à la moyenne d'âge des enseignants, celle-ci est faible, et il faut bien dire, que lorsque nous arrivons dans le métier, nous souhaitons faire évoluer les choses, nous sommes utopiques, non pas que les "anciens" souhaitent l'inactivité, mais ceux-ci sont un peu "blasés" peut être. Donc le désir de faire bouger les choses est accompagné physiquement par les grèves. Le seul moyen de faire remonter un mécontentement. Car la fluidité de la communication entre la base et le haut de la pyramide dans l'éducation nationale n'est pas une référence. Le principal ou le proviseur étant compté comme une charnière entre les deux niveaux.
La 2ème option qui agit probablement pour beaucoup. Est le fait de vivre en permanence dans un milieu défavorisé, de part le publique qui y est présent (les élèves) et surtout l'établissement lui-même. Car on nous répète à longueur de temps (aux informations par exemple) que les établissements difficiles disposent de moyens supplémentaires, mais personnellement je ne vois pas grand-chose …et encore moins de choses qui améliorent notre quotidien au travail. Ce qui fait donc l'objet du mécontentement de bon nombre d'enseignants dans ces établissements.
Et puis la 3ème catégorie que je propose me semble malheureusement la plus en adéquation avec mon établissement. Il s'agit tout simplement d'obtenir une journée de repos !
Car une semaine de travail n'est pas de tout repos, moralement, il est parfois dur de tenir la semaine entière. Alors avoir l'occasion de faire une pause dans la semaine, ce n'est pas du luxe !
Pour ma part, il m'est déjà arrivé de le prendre ainsi. Ce n'est pas pour autant que je ne souhaitais pas travailler, ou que je négligeais les revendications des syndicats. Non, rien de tout ça.
Mais tout simplement une fatigue nerveuse qui m'a fait prendre ce choix, que je considère judicieux. C'est une sorte de repos sans solde. Mais ce n'est pas pour cela que je n'ai pas travaillé. Etre en grève et travailler, voilà tout le paradoxe ! Car oui, cette journée là, j'en ai profité pour faire des cours. Car être fatigué nerveusement n'empêche pas de travailler ses cours. C'est tout de même beaucoup plus reposant que d'être au milieu de la cage, euh pardon de la classe !
Comptabiliser les employés de la 3ème catégorie comme grévistes, n'est pas un tort, puisque s’ils en profitent pour se mettre au "repos", c'est bien signe qu'il y a un malaise dans la profession. Car perdre une journée de salaire pour ne pas être au front, est quand même révélateur !
Photo : La Tour Eiffel, Paris.