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A travers ces quelques pages, je vais vous raconter mon arrivée dans la grande maison de l'Éducation Nationale. La vie réelle d'un jeune enseignant n'est pas toujours la représentation que nous en avons, surtout si cet enseignant se trouve en banlieue parisienne.

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LXII.Journée éprouvante.

         Que c'est-il passé durant cette journée ? Quelques petits trucs banals, enfin pour une journée de fin d'année.

         Tout d'abord un collègue qui écrivait au tableau durant son cours, a vu un œuf s'exploser contre le mur au dessus du tableau et surtout juste au dessus de lui. Il n'a rien reçu sur lui, même pas une éclaboussure, quelle chance ! Les surveillants sont intervenus bien entendu, dans la classe pour connaître le coupable, mais rien.
         Enfin plutôt si, durant leur intervention, un élève était mort de rire, de ce qui c'était passé. Je vous laisse imaginer la tête de mon collègue… Celui-ci n'avait qu'une seule idée en tête, lui mettre une bonne baffe ! Quoi de plus normal.
 
         Deuxième événement marquant de la journée. Je suis dans le hall d'entrée du collège lorsque je vois une agitation soudaine se produire, des surveillants sont dehors. Et là j'aperçois 3 adultes que je ne connais pas qui courent après un de mes élèves de 4ème. La CPE me précise que c'est la BAC. Après quelques secondes de course poursuite, ils le plaquent au sol et le menotte.
         Les élèves en un mouvement de masse commencent à se rassembler rapidement autour de la voiture banalisée de la police. Les surveillants tentent de garder les élèves en retraient par rapport au véhicule de la police. Pendant ce temps, les policiers se dépêchent de mettre l'élève dans la voiture, puis partent rapidement avant que la situation ne dégénère.
         Les policiers lui ont couru après, car l'élève venait de les insulter.
         Je ne comprends pas pourquoi les policiers menottent et emmènent un élève au commissariat pour une insulte. Tandis que moi pour une insulte reçue, je dois faire un rapport pour que l'élève soit exclu du collège et encore ce ne soit pas sûr du tout !!!
 
         Et pour finir la journée comme il se doit. J'avais un conseil de classe, il c'est terminé vers 20h, je sors donc du collège avec plusieurs de mes collègues, nous étions 6 à quelques mètres d'intervalles.
         Devant le collège, je trouve une dizaine de mes élèves de 3ème plus quelques jeunes qui ne sont visiblement pas de l'établissement. Lorsque je passe devant eux, ils me suivent, et m'interpellent. Ils me rattrapent et se mettent en cercle tout autour de moi. Les élèves sont collés les uns à côté des autres et bloquent ainsi le passage, je m'arrête donc et tente de débuter le dialogue.
         Je constate au passage que parmi mes 5 collègues qui m'accompagnaient à la sortie du collège, il n'en reste plus qu'un seul qui attend juste à côté. Etant au centre du cercle, je me fais très vite chahuter, par les élèves, car ceux qui se trouvent dans mon dos me bousculent. Je suis quelques peu malmené par mes propres élèves.
         Je n'ose pas répondre à cette provocation, car ils sont nombreux et je ne suis pas libre de mes gestes. Avec moi j'ai mon gros sac de cours plus un second sac que je porte dans l'autre main. Celui-ci est rempli de paperasse en tout genre que j'ai accumulé depuis le début de l'année dans ma salle de cours, que j'ai du vider, n'étant plus là, l'année prochaine.
         De plus, je ne veux pas me séparer de mes affaires car j'ai peur qu'elles disparaissent... D'ailleurs les élèves regardent à l'intérieur de mes sacs en les touchant et en les ouvrant. Je force le passage du cercle formé par mes élèves, et continue de marcher. Les élèves me suivent et continuent à me bousculer. Puis ils retournent devant le collège au fur et à mesure de mon avancée.
 
         Cet instant n'aura duré que quelques minutes, plutôt longues pour moi. Je remercie le collègue qui m'a gentiment attendu, il n'a pas eu besoin d'intervenir mais c'est le seul qui est resté au cas où. Les autres n'ont rien vu, ou ont plutôt fait semblant de ne rien voir…
 

         Maintenant mon maître mot, c'est le sac à dos, comme ceci j'ai mes mains libres, ce serait beaucoup plus pratique… Et le pire, c'est que des élèves la journée même m'avaient prévenu que certains de leurs camarades seraient devant le collège le soir même pour chercher une quelconque embrouille avec qui se présenterait à la sortie de l'établissement.

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F
vraiment prof, je n'aurais pas pu... bon courage.
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L
Mais il en faut !
S
Rien de percutant à ajouter, mais tout mon soutien, cher Proald. Depuis que je suis prof, j'entends en discours de début d'année : "Oui, bon, ils vous en font voir, mais pensez à ce qu'ils vivent, eux, chaque jour. A côté de ça, vous ne pouvez pas vous plaindre."C'est vrai. Certains ont des situations terrifiantes. Des histoires d'alcoolisme, de violence, de chomage. Des "territoires" à protéger, du racket.Mais je refuse de croire que tous ceux qui projettent leur haine, leur méchanceté, sur nous, les profs, sont des victimes. On s'en rend vite compte d'ailleurs. La plupart vivent sur le dos de la bête, profitent d'un état de fait pour laisser libre cours à leurs instincts. Mais la politique de ces dernieres années est de compatir, même quand il n'y a pas matière a. En fouillant profond, on trouve toujours. On trouverait chez chaque lecteur de ce blog de bonnes excuses pour péter un cable !Ce qui t'est arrivé est inexcusable. Bon courage ;-)
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L
Merci pour ce soutien.Il y a pas mal de comportements inexcusables que les profs vivent, malheureusement !
T
Grand moment de solitude ! Difficile à vivre...on ne sait jamais comment ça va tourner. Tu t'en es bien sorti, bravo !Quant à tes collègues qui ont fait semblant de ne rien voir, je ne te dis pas ce que j'en pense, j'ai peur d'être grossier !J'espère que ceux de cette année seront plus sympas...et moins trouillards. Et surtout que ce genre de scène ne se reproduira pas.
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L
J'espère également tout ça.
P
Il est vrai que ça dépend des disciplines, mais j'ai pas mal de collègues autour de moi qui ont enfin eu un établissement normal après 8 ans dans la zone où j'enseigne toujours (plus pour longtemps).
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L
8 ans d'attente ... pfffffffffffffBientôt retraité ?
C
Comme dit "mamancelib" : ça donne froid dans le dos !!! Et tes collègues femmes, elles subissent ce même genre de comportement de la part des élèves ?
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L
Oui le même, sans distinction. Le seul moment où elles sont enfin tranquilles, c'est lorsqu'elles sont enceintes. Mais être enceintes tous les ans, est un rythme difficile à tenir !
P
Ça me rappelle mes débuts, en moins pire. Quoique: recevoir la poubelle à la tête, ainsi que des bouts d'éponge, se faire bousculer et frapper à la grille, les élèves profitant de la cohue générale... J'espère que tu n'auras plus jamais à te retrouver dans ce type de situation. T'es en APV? C'est le plus sûr moyen de cumuler des points et de se retrouver dans un établissement normal.
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L
Etre en APV est le plus sûr moyen de cumuler des points qui ne serviront pas, car les barres de mutation sont encore trop hautes pour plusieurs disciplines, même avec ces fameux points APV !!!
M
Dis donc, ça fait froid dans le dos...Qu'est-ce que je suis bien dans mes collèges en province....
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L
La province, ici, dans mon collège tout le monde y pense, mais cela reste un rêve inaccessible !