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XIII. L'exemple des profs !

27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 08:25

         En beau milieu d'année, une nouvelle tête apparaît parmi nos élèves, l'enseignant le constatant va voir celui-ci. Cet élève est vautré dans sa chaise, les deux mains dans les poches. Tranquille, tout va bien ! 

         La discussion commence.
-         Le prof : "Comment t'appelles-tu ?"
-         L'élève : "Bidule."
-         Le prof : "D'où viens-tu ?" Sous entendant, de quel établissement viens-tu ?
-         L'élève : "Je viens de la prison."
-         Le prof : "Ah bon !!!" J'imagine la tête de mon collègue.
-         L'élève : "Oui, le juge m'a dit que j'avais le choix. Soit j'allais au collège ou je retournais en prison. J'ai préféré le collège." Tiens c'est bizarre !
 
         Tu m'étonnes, moi aussi j'aurais pris le collège. Mais à mon avis, l'élève a dû (enfin je l'espère) interpréter la parole du juge. Je pense qu'il a probablement eu une partie de sa peine en sursis, ce qui implique qu'il peut retourner en prison si il ne se comporte pas bien. Enfin ceux ne sont que des suppositions. Du coup il doit impérativement aller en cours. Merci pour le cadeau !
         Que voulez-vous faire avec un élément pareil dans votre classe ? Je sais bien que tout le monde a le droit à une 2nde chance, mais un peu de préparation entre les deux serait peut être utile …
         Personnellement je n'ai jamais eu de formation sur le sujet. Et l'élève qui vient de sortir fraîchement d'un établissement pénitencier ne doit pas être apte à suivre un cours normalement.
 
         Je précise que bien évidemment, l'enseignant en question a demandé confirmation auprès de notre hiérarchie. Celle-ci a confirmé les faits.
 
         Ce qui est important de constater, c'est que l'établissement possède une 2nde vertu (hormis celle d'éduquer nos élèves), celle de centre d'accueil pour anciens détenus. Nous aurons plus d'adeptes que la carte scolaire au moins …

         Je savais que nous pouvions compter sur le ministère pour nous envoyer de nouvelles recrues.
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Photo : La Tour Eiffel, Paris.
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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 08:55

         Un élève plutôt perturbateur qui a déjà eu de nombreux problèmes au cœur de notre établissement (et même à l'extérieur) est arrivé en retard un matin. Le concierge ne lui a pas ouvert la grille comme c'est la règle. Le concierge a donc attendu l'intervention d'un adulte, le principal adjoint en l'occurrence. A l'arrivée de celui-ci l'élève s'est énervé d'avoir attendu et il a copieusement insulté le concierge ainsi que le principal adjoint, il les a également menacé (quoi de plus naturel). Le principal étant alerté par les hurlements de l'insurgé, est venu voir ce qui se tramait dans son établissement. Lorsque l'élève a obtenu ces trois adultes autour de lui (concierge, directeur et principal), il a forcément continué son spectacle en insultant, menaçant son public, de plus il s'est montré violent en frappant sur les murs, et en "balayant" ce qui se trouvait sur le bureau de l'entrée.

         Les adultes n'ont pas pu maîtriser cet élève ils ont donc appelé la police, forcément l'élève a sauté la grille pour sortir de l'enceinte du collège avant l'arrivée de la police.
         La police s'est donc déplacée pour rien …
 
         Un peu plus tard dans la journée, trois jeunes (dont l'élève en question) ont sauté la grille, cagoule sur la tête, et une barre de fer en possession de notre élève !
         Ces trois jeunes cherchaient le principal adjoint pour pouvoir se venger, ils sont rentrés comme une fleur dans les locaux de l'établissement, le principal adjoint s'est caché dans le collège (il n'avait pas vraiment le choix).
         Les classes où se déroulaient les cours ont été prévenues une à une qu'il fallait garder les élèves à la sonnerie. Mais les élèves ont pu contempler les actions qui se déroulaient dans la cours.
 
         Après plusieurs minutes d'errance des trois individus dans le bâtiment, les surveillants et la CPE ont réussi à les "chasser" de l'établissement, quelques insultes ont bien évidemment été prononcées …
         L'histoire c'est donc terminé sans casse, enfin nous ne sommes pas passés très loin du drame.
 
         Suite aux diverses plaintes déposées par les adultes insultés et menacés, la police a récupéré l'élève pour le mettre en garde à vue histoire de calmer le jeu.

         Un grand MERCI sincère à la police, qui visiblement exerce la même activité professionnelle que nous (les enseignants) : le social. Car, que pouvons nous faire, policier ou enseignant, d'un jeune délinquant ? Je crains que notre champ d'action soit réduit …
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Photo : Le Sacré coeur, Paris.

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 14:23

         Tout d'abord, je commence par la traduction de ce nouveau sigle, P.P.R.E. veut dire : Programmes Personnalisés de Réussite Educative. Un bien joli terme, mais que trouvons nous derrière ces mots ? 

         Et bien c'est justement là que se situe le problème.
         Je commence mon explication en faisant un retour en arrière, précisément à la journée de prérentrée, puisque c'est là que tout commence.
         Lorsque nous débarquons (le "nous" étant les jeunes enseignants) dans ce nouvel établissement, et que nous découvrons notre emploi du temps avec des pavés nommés "P.P.R.E." parmi ceux de notre matière pour laquelle nous sommes enseignants.
         Forcément nous sommes interloqués par ce sigle. Bien sûre nous en avons entendu parlé, mais ceux sont simplement des bruits de couloirs, rien de très officiel.
         Donc nous allons à la pêche aux informations auprès de notre principal adjoint, qui nous répond : "La semaine prochaine vous débuterez les P.P.R.E.. Avec les professeurs principaux de chaque classe vous déterminerez les élèves en difficultés que vous prendrez en cours de P.P.R.E.. Ces groupes évolueront en fonction des besoins.". Mais que faut-il faire durant ces heures … du soutien scolaire ? "Durant ce temps, vous devez faire de la méthodologie, mais surtout pas de disciplinaire, c'est uniquement de la méthode".
 
         Avec ces quelques phrases, nous avons dû broder pour réaliser nos cours. De la méthodologie, mais sur quels points ? Voici quelques exemples :
-         Comment prendre un cours ?
-         Comment tenir son agenda ?
-         Comment faire son cartable ?
-         Comment faire ses devoirs ?
-        
 
         Le problème c'est que vous tournez vite en rond … et vous ne savez pas vraiment si ce que vous faites est bon …
 
         Après avoir mené ma petite enquête sur ce sujet, auprès de contacts de plusieurs établissements, je me suis aperçu d'une chose. Les P.P.R.E. signifient peut être quelque chose, mais leurs contenus diffèrent d'un établissement à l'autre ! Certains établissements font du soutien, voire même, améliorent les bases des élèves par rapport à la matière du professeur des P.P.R.E. et d'autres enfin, … de la méthodologie. 

         C'est ce que nous pouvons appeler de l'organisation (c'est ironique bien sûre). En même temps derrière un intitulé pareil que celui des P.P.R.E. (Programmes Personnalisés de Réussite Educative), il est difficile de savoir ce qu'il faut faire !

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Photo : Place Denfert Rochereau, Paris.

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 12:21
         Au beau milieu d'un cours, un élève parle sans articuler :
 
-         L'élève : "M'sieurs, j'ai ma dent qui saigne".
-         Le prof : "Que dis-tu ?".
-         L'élève : "J'ai ma dent qui est entrain de tomber, regardez …".
-         Le prof : "Non je n'ai pas besoin de regarder. Arrêtes de la faire bouger, tu verras cela durant la récréation."
-         L'élève : "Mais, je ne peux pas avaler ma salive ça a goût de sang.".
-         Le prof : "Allez arrête, tu avales et tu te remets au travail.".
 
         Il faut préciser que je ne le croyais pas vraiment, je pensais qu'il se fichait de moi (comme la majorité du temps dans ces cas là). Inutile de préciser que lors de cet échange, les autres élèves de la classe ont bien évidemment stoppés leurs travaux et en ont profité pour bavarder de plus belle. Certains ceux sont mêmes levés pour venir voir la fameuse dent en question et vérifier si sa dent bougeait ou non !
 
         Je mets quelques minutes avant de réobtenir le calme et reprends le cours où il s'est arrêté.
 
         Quelques instants plus tard … je vois cet élève se lever et venir me voir devant le tableau, il arrive devant moi et me dit :
 
-         L'élève : "Regardez, j'ai perdu ma dent, vous voyez, je ne mentais pas. Je peux aller aux toilettes pour me rincer la bouche.".
-         Le prof un peu gêné : "Oui tu peux y aller …".
 
         Imaginez mes élèves, ils se souciaient de la dent de cet élève plutôt que mon cours. Une fois de plus, mon cours était relégué au 2nd rang (voire plus) de leurs préoccupations. La petite souris passera-t-elle pour la dent perdue ? Là est LA question existentielle de ce cours !
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Photo : Paris.
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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 13:01

         Lorsque je fais l'appel, je suis toujours surpris de constater qu'il n'y a pas d'élève en retard ni d'élève absent. Car ces cas là sont rarissimes ! Il est régulier d'inscrire 2 ou 3 élèves en retard et également 2 ou 3 élèves absents sur une classe qui comptabilise un effectif de 25 élèves. 

         Je commence par parler du fonctionnement de la sonnerie avant de passer aux retardataires.
         Tous les collèges sont dotés d'une sonnerie pour rythmer les élèves et les enseignants au fonctionnement de l'établissement. A la fin des récréations, une première sonnerie marque le moment de se mettre en rang dans leurs emplacements, pour les élèves et signale aux enseignants qu'ils doivent aller chercher leurs élèves. A la 2nde sonnerie les élèves sont théoriquement entrés dans la salle de cours. C'est rarement le cas, car il faut toujours attendre quelques minutes devant l'emplacement de la classe pour avoir au moins cinq élèves !
         Le plus souvent, les élèves ne sont pas rangés dans leurs emplacements et traînent dans la cour, histoire de prolonger la récréation. Donc vous commencez votre parcours avec une poignée d'élève (entre 5 et 10 élèves). Lors de votre avancée dans l'établissement pour atteindre votre salle de cours, vos troupes grossissent, et se renforcent, car lorsque les élèves vous aperçoivent dans la cour et dans les couloirs ils viennent rapidement rejoindre leurs camarades. Arrivé devant votre salle vous atteignez une vingtaine d'élèves.
         Il y a toujours 2 ou 3 élèves qui se permettent d'arriver quelques minutes après la sonnerie, tandis que les autres élèves sont déjà installés. Et vous font perdre encore quelques minutes sur votre cour, car forcément lorsqu'ils rentrent, ils agitent leurs camarades au passage, ne croyez pas qu'ils rentrent discrètement.
 
         Concernant maintenant les absents. Il est quasiment inimaginable d'avoir une classe sans absent. Entre l'élève qui ne vient jamais en cours de 8h à 9h, parce qu'il a regardé la télé tardivement la veille et qu'il préfère dormir. Celui qui a la flemme de retourner au collège l'après midi une fois passé chez lui entre 12h et 13h30 (car les élèves sont quasiment tous externes). Et le dernier qui choisit de jouer au foot l'après midi plutôt que venir en cours. Pour le peu qu'il y est une série télévisée qui passe en milieu d'après midi, vous augmentez soudainement votre nombre d'absents. Et le pire dans tout cela, c'est que je n'exagère pas et je ne tiens pas compte des vraies malades qui sont relativement faibles comparés aux autres !
         Pour finir en beauté, il y a ceux qui préfèrent carrément aller en permanence que venir à votre cours ! Car en permanence, les surveillants ne peuvent pas les obliger à travailler vu le nombre d'élèves qui y séjourne. Déjà que les profs ont des difficultés à mettre tous les élèves au travail …
 
         Depuis le début de l'année, il y a quelques élèves que j'ai vus moins de 5 fois. En fait, ils ne viennent presque jamais au collège …
 
         Que pouvons nous faire ? Pas grand-chose, enfin il existe bien une solution, mais celle-ci n'est jamais appliquée par souci d'éthique. Je veux parler des allocations familiales. Ce moyen de pression n'est peut être pas très déontologique, mais c'est exclusivement le dernier recours que les établissements possèdent face à l'absentéisme.
 
         Amputer le budget d'une famille plus que modeste n'est pas forcément très morale ni très bon. Malgré tout, je pense que dans certains cas (il faut bien entendu traiter ceci individuellement), nous devrions utiliser cette ultime solution. Car vaut-il mieux supprimer une partie des allocations sur 1 mois à une famille, ou laisser à l'abandon un jeune adolescent ?
 
         Actuellement, nous sommes au pied du mur, si nous ne sautons pas par-dessus, il ne tardera pas à s'écrouler sur nous !
 
         Il faut donc agir rapidement, soit en utilisant cet outil qui existe mais qui ne sert pas, ou trouver rapidement une autre arme contre l'absentéisme.
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Photo : Les égouts, Paris.
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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 13:03

         Comme régulièrement, les enseignants bénéficient de quelques jours de formation par an, et cette semaine c'était mon tour avec d'autres collègues.

         Donc après avoir prévenu les élèves de la "triste" nouvelle que je ne pourrais pas assurer les cours en question (ils ont même crié de bonheur), j'en ai parlé à quelques collègues. Quelques un d'entre eux avaient déjà effectué cette formation, ils ont même fait preuve de compassion à mon égard avant que la formation débute !
         Je me suis donc présenté à celle-ci avec une opinion plutôt négative.
 
         La formation débute, tout le monde s'assoit à une table, sachant que ces tables sont en disposition rectangulaire pour faciliter ainsi les échanges. Nos deux formateurs sont du personnel d'encadrement, l'un est principal et le 2nd est proviseur. Pour ceux qui ne connaissent pas la différence, le principal est le boss d'un collège, tandis que le proviseur est le grand chef d'un lycée, général, technique ou professionnel.
         A la suite, nous effectuons le traditionnel tour de table, en nous présentant, Prénom, NOM, matière enseignée, établissement d'enseignement, …
         Lorsque je me présente, au nom de mon établissement, j'obtiens quelques remarques "ça doit être dur", "ah oui", "ouille", … Je constate donc que mon établissement est réputé … du mauvais côté vous l'aurez compris !
 
         Inutile de parler du sujet de cette formation qui n'a finalement que peu d'importance, voire même aucune. Par contre, ce qui est intéressant c'est de voir de quoi parlent les enseignants en formation. Et bien évidemment ils échangent sur leurs difficultés au travail, et il y en a beaucoup.
 
         Mais lors de cette formation, j'ai appris plein des choses très intéressantes, qui ne sont pas en lien avec l'intitulé de la formation.
         Nos formateurs ont délié leurs langues, car en temps normal, les personnels d'encadrement sont les derniers à expliquer ce qui ne va pas dans le système de part leurs positions hiérarchique et le fameux devoir de réserve qui est à un niveau supérieur que celui des enseignants (LI. La censure.).
         Qu'est ce que j'ai pu apprendre de si intéressant ?
        
         Et bien j'ai appris plein de statistique, par exemple, dans le lycée du formateur, il y a 50 % de perte d'effectif entre la rentrée pour la 1ère année du BEP et la présentation des élèves à l'examen soit 2 ans après !!! Où sont-ils passés ? Et bien ils sont tout simplement dans la nature, car ils ont plus de 16 ans, donc l'école n'est plus obligatoire. Un élève sur deux est par conséquent en échec scolaire avant même de passer le diplôme. Car ne croyais pas que les 50 % restant obtiendraient tous leurs BEP …
         Ce formateur a continué sur son discours fort instructif en nous posant une question : "D'après vous, sur une classe de 15 élèves en CAP, combien sont présents en moyenne sur l'année ? ".Nous ne savions pas vraiment quoi répondre, il reprend la parole pour nous donner la réponse : "En moyenne, c'est 5 élèves présents !". Ce qui correspond donc à un taux de 66 % d'absentéisme ! Le proviseur continue sur sa lancée, comme si il avait besoin d'en parler pour se libérer face à cette aberration : "L'absentéisme est un ravage de notre époque dans mon établissement, et nous subissons car nous ne pouvons rien y faire.".
 
         Si les proviseurs subissent, que faisons nous en tant que simple enseignant ?
 
         Il existe bien une solution, mais celle-ci n'est jamais appliquée par souci d'éthique. Je veux parler des allocations familiales (sujet développé ultérieurement).
 
         A la fin de notre journée, nous avons obtenu un petit livret, avec plein de statistiques très parlantes, dont je vais vous faire part, pour une partie. Je vous les donne à la volée.
          Il est écrit que 4 % des enseignants de mon établissement ont plus de 10 ans d'ancienneté au sein du collège, c'est faible, très faible comme taux de stabilité de nos effectifs.
         A l'entrée en 6ème, un élève sur trois à au minimum un an de retard.
         Plus de 60 % de nos élèves sont issus de familles défavorisées.
 
         C'es statistiques sont sensiblement équivalentes pour les autres établissements de la commune et des communes voisines.
 

         A la fin de la lecture de ces différents taux, nous comprenons que LA solution n'existe pas, parce qu'il n'y a pas UN problème, mais une multitude d'obstacles, qui rendent leurs résolutions complexes, et la vie dans l'enceinte des établissements y est difficile.

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Photo : Les Champs Elysée, Paris.

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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 13:57

         Aujourd'hui il m'est arrivée quelque chose de particulier, comme je le vis 2 ou 3 fois dans l'année.

         Lors d'un cours, les élèves recopient sur leurs cahiers ce que j'ai écrit au tableau. Cette classe compte un nouvel élève juste arrivé dans l'établissement. En attendant qu'ils finissent de recopier, je passe dans les rangs et vérifie qu'ils prennent le cours sérieusement. L'ambiance de travail est studieuse, et je vois mes élèves relever régulièrement la tête pour lire le texte au tableau puis replonger le nez dans leurs cahiers.
         Constater que les élèves travaillent sérieusement, sont toujours des moments de plaisirs intenses.
         Je continue donc mon avancée à travers les sacs qui jonchent le sol, lorsque mon regard s'arrête sur un cahier de l'un de mes élèves. Il recopie consciencieusement mon cours, mais je n'arrive pas à retrouver la physionomie de celui-ci, avec son grand titre, ses paragraphes, ses retours à la ligne, … Je m'approche donc de lui pour regarder plus attentivement ce qu'il a écrit. Mais je suis stupéfait devant le constat que je viens d’apercevoir !
         Car l'élève a véritablement recopié mon cours comme je l'ai demandé, pour que l'exemple soit plus parlant, je vais recopier à sa manière le début de cette phrase : Carlélèveavérivéritablemeblementrecopiémoncoursmoncomme …
         Il recopie sans rien dire quelque chose qu’il ne comprend pas puisqu'il ne sait ni lire ni écrire visiblement. Il reproduit lettre après lettre ce qu'il voit au tableau, il n'a pas la notion de "mot", car il ne laisse pas d'espace entre les mots, pour lui il s'agit ni plus ni moins que d'un dessin ou d'un hiéroglyphe. Donc il recopie lettre par lettre sans vraiment savoir à quel mot il en est, puisqu'il ne sépare pas les mots entre eux ! Donc il réécrit plusieurs fois les mêmes lettres sans s'en rendre compte.
 
         Je parle de manière brève avec l'élève pour en savoir un peu plus, et tente de garder mon état d'ébahissement à l'intérieur de moi sans rien montrer de l'extérieur. Je reprends le cours, tous les élèves ont fini de recopier, donc nous débutons l'exercice.
         A ce moment précis, je me dis que je devrais essayer de faciliter l'intégration de l'élève au sein de la classe. Donc je commence l'exercice en posant une question très simple directement à cet élève, car je suppose qu'il connaît la réponse. A la fin de ma question, je le vois paniquer, les yeux grands ouverts, il se retourne et chuchote auprès de son camarade. Je comprends aussitôt qu'il lui demande de l'aide pour traduire ce que je viens de dire. Il n'a pas compris ce que je disais.
         Je pensais l'aider pour qu'il soit assimilé plus facilement par la classe. A la place j'ai montré à tous ses camarades qu'il ne comprenait pas notre langue. Certes, ses camarades devaient bien le savoir avant moi, mais j'ai eu honte. Honte par mon manque de tact, honte de ne pas pouvoir l'aider, honte de notre système éducatif, et surtout honte de moi !
 
         Suite à cet événement, je me questionne. Comment un élève peut-il échouer comme ceci dans un établissement ? Je sais bien qu'il n'existe que peu de structure d'accueil en région parisienne pour ce style d'élève et qu'elles sont surchargées.

         Cet élève a donc du patienter plusieurs semaines avant d'être accueilli dans un lieu adapté à sa situation. Il a du subir les cours en attendant des jours meilleurs … Je dis subir, car imaginez vous au beau milieu d'un cours dans une langue qui n'est pas la votre !!!

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Photo : Georges Pompidou, Paris.

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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 09:08

         Lorsqu'un élève gène de manière importante le bon déroulement du cours, il est inutile de commencer à mettre des punitions ou des heures de retenues pour calmer l'élève récalcitrant, ceci aggraverait la situation et nous obtiendrons le phénomène inverse, c'est-à-dire un individu déchaîné ! Ce qui est peut être déjà le cas …

         Nous sommes donc contraints de nous en "débarrasser", en l'excluant du cours (XI. Les moyens de pressions encadrés. 2) L'exclusion.). Mais il faut encore faire un papier supplémentaire, l’envoyer avec un élève accompagnateur l’exclu et ne pas oublier de donner du travail à faire (qu'il ne fera pas) sous peine de voir les élèves revenir … En plus, si vous excluez régulièrement des élèves, vous attirerez les foudres du principal et peut être même du CPE. Car forcément l'élève n'est peut être plus dans votre classe, mais il vient grossir les rangs des élèves exclus du collège, qui parfois font exploser littéralement la permanence (XXI. Allo police !) ! Il arrive même que les CPE refusent des exclusions, car la permanence ne compte plus de place disponible.
 
         Et bien sûr il s'agit toujours des mêmes élèves que nous retrouvons en exclusion. Ces élèves passent donc la majeure partie de la journée dans les couloirs ou en permanence. C'est du gâchis, mais ils sont heureux, tous au même endroit. Je plains les surveillants qui eux ne peuvent pas « exclure les élèves de l'exclusion » …
         Il m'arrive parfois de rêver à un monde avec des sanctions qui feraient si peur, que les élèves auraient un comportement parfait et donc qu'aucune sanction ne serait donnée, mais ce n'est qu'un monde imaginaire, malheureusement !
 
         Maintenant, si l'élève pénalise le cours, mais qu'il est encore "récupérable" durant l'heure, je le mets "simplement" à la porte. Je lui demande donc de rester derrière celle-ci jusqu'au moment où je déciderai de lui rouvrir.
         Cette solution palliative permet d'éviter l'exclusion durant la totalité du cours par l'élève et surtout de surcharger inutilement la permanence. Mais théoriquement cette solution est interdite. Car l'élève est sans surveillance dans le couloir.
         Ceci fonctionne pour la majorité des élèves, car au bout de 5 minutes l'élève s'ennuie et préfère ainsi revenir en cours et travailler ou au moins arrêter de perturber le cours (le travail est optionnel !).
 
         Il m'est arrivé une fois d'oublier une élève derrière la porte, elle est restée 30 bonnes minutes seule dans le couloir. Visiblement, elle était vexée, mais maintenant lorsque je lui demande d'arrêter sous peine de retourner dans le couloir, elle se calme instantanément.
 
         Mais certains sont des fortes têtes, une fois dans le couloir ils s'amusent à entrebâiller la porte pour parler avec les camarades à proximité ou même à les injurier, ou bien toutes les minutes, l'élève revient dans le cours pour vous demandez quand il rentre, ou ils refusent catégoriquement d'aller dans le couloir.

         Et dans tout ces cas là vous obtenez l'inverse de ce que vous escomptiez. Au lieu d'obtenir le calme, vous le détériorez, donc direction l'exclusion de mon cours.

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Photo : La bourse du commerce, Paris.

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17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 16:23

         Qu'elle merveille technologique que ces TNI, c'est tout simplement un tableau avec un vidéo projecteur mais le gros plus, c'est qu'il est tactile. Ceci permet réellement de dynamiser un cours classique. Et ce n'est pas tout, celui-ci possède des stylets pour utiliser sur le TNI ou sur la tablette qui va avec. Cette tablette permet d'interagir sur le TNI du fond de la salle ou directement par l'élève sans même aller au tableau ! 

undefined         J'aborde le sujet des TNI, tout simplement parce qu'ils fleurissent un peu partout dans les établissements de l'Education Nationale.
 
         Personnellement je ne vois que deux points négatifs à cette nouveauté.
         La 1ère c'est la formation, celle-ci dure 1 heure, et bien entendu durant cette heure de formation, la seule personne qui utilise le tableau c'est le formateur. Comme le temps de formation est trop court, nous regardons sans jamais toucher. Ce qui est dingue, c'est que ce nouveau matériel tout compris coûte aux alentours de 5 000 € voire plus (TNI + vidéo projecteur + potence + l'installation + ordinateur + logiciel + …), et que l'établissement économise sur une formation qui a un coût dérisoire par rapport au TNI lui-même. Une fois de plus, je constate que dans le privé des économies sont également réalisé, mais pas sur une formation utile par la suite, c'est ce que nous appelons un investissement à moyen terme.
         Résultat la formation survole toutes les utilisations possibles en restant excessivement vague, sans aucune manipulation de notre part.
         Conclusion c'est à nous de nous former, et seul … Je n'arrive pas à comprendre ce genre d'action qui vise à économiser sur des points aussi importants que sur la formation de nouveaux matériels (comme le TNI), alors que les formations "machine à café" (XXVIII Formation machine à café.) sont toujours aussi nombreuses, mais dans ce cas, il s'agit de formation maison (fait par l'Education Nationale et non pas par une entreprise privée comme pour le TNI, donc probablement plus valorisante …).
 
         Le 2nd point négatif, c'est le logiciel, qui très bien conçu par ailleurs, mais celui-ci a été créé par le fabriquant de ce TNI, chaque fabriquant à son propre logiciel. Et bien sûr ils ne sont pas compatibles entre eux. Donc si l'enseignants est sur plusieurs établissements qui possèdent chacun un TNI d'une marque différente, il lui faudra préparer ses cours en double … Même chose lorsque l'enseignant change d'établissement scolaire, il pourra refaire tous ses cours sur le TNI …
 
         Globalement, je pense que ce TNI est une véritable avancée technologique et qu'il est très bien d'en faire profiter l'Education Nationale.
         Mais (je sais, il y a encore un "mais") plusieurs choses restent à déplorer.
-         Comment faisons-nous pour faire cours sur le TNI avec une classe de 30 lorsque la salle où est installé le TNI compte 26 places ?
-         Comment faire avec une classe super agitée, devons-nous restituer tout le matériel et intact en plus ?
-         Si le matériel se casse ou se fait voler, qui est responsable ?
-        
 
         Même si ce matériel est très bien, il me semble que nous pourrions dépenser l'argent du contribuable autrement, car avant de pouvoir faire des cours modernes, il serait utile d'avoir un climat de travail "normal" et de pouvoir faire tout simplement cours !
         Comment ? Et bien tout simplement en dédoublant plus régulièrement les classes ou bien en les allégeant. Si il y a de l'argent pour se doter de TNI, pourquoi ne pouvons nous pas diminuer les effectifs de nos classes ? Je vais même plus loin dans mes propositions, je ne pense pas que l'Education Nationale est besoin d'argent dans un 1er temps, il y a tout un tas de choses qui me semble beaucoup plus primordiale, mais je développerai ce point plus tard …
         La source du problème provient du financement des TNI, car comme tous les collèges, le matériel est à la charge des conseils généraux, tandis que les salaires des enseignants sont à la charge de l'état (LII. La décentralisation.). Les budgets ne proviennent pas du même endroit, alors avant que nos politiciens accordent leurs violons en matière de financement des établissements scolaires, nous pouvons attendre longtemps …
         Pouvons nous envisager d'avoir pour une fois un plan d'action cohérant de la part des diverses administrations de notre pays qui nous apporteraient des retombées significatives j'en suis sûre, au lieu d'avoir des dizaines de minis projets qui nous prennent un temps fou, et qui ne nous apportent pas de réels résultats sur le terrain.
         Car comme tous mes collègues, j'ai bien envie de faire mumuse avec ce nouveau jouet. Mais cette nouvelle babiole (de 5 000€ tout de même) apportera-t-elle la crédibilité, le poids ou la discipline qui nous manque cruellement auprès de nos élèves ? J'en doute … mais merci pour le cadeau qui me paraît dérisoire et fait office de gadget contrairement à son prix ! 

         Ce joujou, c'est un peu l'arbre que cache la forêt …


Photo : Galerie La Fayette, Paris.

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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 17:40

         Les fainéants sont nombreux dans nos classes. Mais il y en a qui sont plus provocateurs que d'autres.

         Il y a le vrai flémard, celui qui ne prend pas son cours, car de toute manière il ne le lira jamais, donc à quoi bon l'écrire … Lorsque vous lui demandez où se trouve son cahier, il vous montre une chemise plastique à l'intérieur de laquelle se trouve quelques feuilles de cours de toutes les matières confondues, le tout non rangé bien sûr. L'avantage c'est qu'il n'a jamais besoin de faire son sac, car toute sa vie se trouve à l'intérieur et se résume à pas grand-chose.
         Si vous lui demandez d'écrire, il va bien entendu se mettre à chercher son stylo, puis une feuille (qu'il ne possède pas) pour se mettre au travail, tout ceci dans le seul but de gagner du temps, et comme vous n'avez pas qu'un seul élève dans votre classe vous laissez tomber.
         Certains enseignants collent ces élèves, d'autres ne le font pas. Personnellement, si l'élève ne pénalise pas le cours et reste discret, je fais comme si je ne le voyais pas. Ce n'est peut être pas un comportement digne d'un enseignant, mais mon 1er objectif dans un cours c'est de garder un semblant de silence et de discipline, donc je ne cherche surtout pas des problèmes supplémentaires où il n'y en a pas !
 
         La 2nde catégorie nettement moins sympathique, est celle des glandeurs provocateurs. Au contraire des vrais fainéants, eux se feront une joie de bien vous faire voir qu'ils ne font strictement rien dans votre cours, éventuellement ils feront de magnifiques dessins ou graffitis sur les tables, ou bien ils badigeonneront leurs trousses, leurs stylos de blanco. Où mieux, lorsque vous demandez aux élèves de lever la main pour obtenir la parole suite à une question que vous venez de poser, vous observerez une élève qui décolle la main de quelques centimètres.
         Et la discussion commence :
-         Moi : "Que fais-tu ?",
-         L'élève : "Bah, je lève la main.",
-         Moi : "Lorsqu'on lève la main pour obtenir la parole on l a lève visiblement en l'air.",
-         L'élève : "Vous n'avez pas dit de lever le bras et puis vous m'avez vu.",
-         Moi : "?/! … Tant pis, tu ne seras pas interrogée.".
 
         Comme d'habitude l'élève a de la répartie.

         Bien évidemment si la 1ère catégorie ne vous cause pas de problème de discipline, la 2nde ne peut pas vous y faire échapper.

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Photo : Georges Pompidou, Paris.

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Published by Le prof à la dérive - dans Chapitre 3 : Titulaire (07-08)
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