A travers ces quelques pages, je vais vous raconter mon arrivée dans la grande
maison de l'Éducation Nationale. La vie réelle d'un jeune enseignant n'est pas toujours la représentation que nous en avons, surtout si cet enseignant se trouve en banlieue parisienne, dans un
établissement difficile.
J'espère que ce blog, ouvrira l'esprit de quelques personnes médisantes auprès des enseignants. Et qu'ils comprendront le quotidien d'un prof.
Surtout n'hésitez pas à lâcher des com (commentaires), pour me
poser des questions, je me ferai une joie de vous répondre, ou tout simplement pour m'encourager à alimenter ce blog, ça fait toujours pléz (plaisir).
Bonne lecture.
Un prof à la dérive.
Lors d’un cours une de mes élèves s’interroge à haute voix :
- Elève 1 : "Y’a combien de babtou dans notre classe ? " Précisons, que Babtou, viens du verlan (VII. Le phrasé des élèves) Toubab, qui se traduit par personne blanche, mais pour les élèves, c’est plutôt personne d’origine française.
- Elève 2 : "Ah y’en a que 2, c’est Nicolas et Julien !" Le tout d’un air méprisant !
- Elève 1 : "Même pas, Julien, il a un nom de famille qui est arabe !"
Conclusion : les élèves n’ont apparemment rien à faire en cours même pas un pauvre exercice qui les attend au tableau !!! Et le prof rêve de ne pas être transparent dans la classe.
Sinon, comme vous l’avez compris, la mixité n’est pas vraiment présente dans notre établissement …
Photo : Passage Panoramas, Paris.
Après 7 années passées dans l’Education Nationale me voilà inspecté. Etant prévenu environ une semaine avant, j’ai annoncé à mes élèves la présence lors du prochain cours d’un adulte en fond de salle. Aussitôt ils ont compris qu’il s’agissait d’un inspecteur. Je leur ai donc expliqué que je comptais sur eux pour ne pas faire "comme d’habitude", car oui, lors d’une inspection, il vaut mieux que tout se déroule sans accroc. Pas d’élèves qui s’insultent entre eux, des élèves qui s’écoutent parler, des élèves qui prennent leurs cours … autant de choses qu’ils ne font … jamais !
Je sais, c’est un peu une mascarade, et je suis contraint soit d’y participer soit d’avoir une mauvaise inspection …
Le jour J et l’heure H arrivant, mes élèves entrent dans la salle ; le problème c’est qu'il m’en manque environ la moitié, ils sont en retard … du coup ils arrivent en même temps que l’inspecteur et quelques-uns arrivent même après …
Globalement le cours s’est bien déroulé, enfin mieux que d’habitude, même si un élève a passé son temps à griffonner la feuille de cours, et un autre à tenter d’ouvrir une poche de chips en plein cours (imaginez le bruit que cela peut faire) !
A la fin du cours, les élèves me parlaient à voix basse (monsieur, vous avez vu, je me suis bien tenu aujourd’hui).
Les élèves partent, et d’emblée, l’inspecteur me dit : « On voit vraiment que vos élèves ont une habitude de travail avec vous » … Tu m’étonnes !!!
Photo : Old England, Pairs.
Une grande partie des habitants d’iles de France, connaissent la maison des examens. C’est LE lieu où il faut aller pour passer n’importe quel concours de la fonction publique. Sachant qu’il n’y a qu’un seul et unique lieu pour les trois académies qui sont Paris – Créteil – Versailles, ça fait un peu … usine à concours.
C’est un bâtiment en étoile de 4 branches de 7 étages qui se trouve à Arcueil en banlieue sud de Paris. L’extérieur a subi une cure de jouvence, et ce n’est pas plus mal !
Lorsque je parle d’usine à concours, il faut imaginer des salles d’environ 200 personnes, fois 7 étages, fois 4 branches, l’usine je vous dis !
De plus les consignes qui vous parviennent une fois assis proviennent des hauts parleurs disséminés dans la salle, consignes identiques et chronométrées pour tous ! Du genre, veuillez disposer votre convocation sur votre table en haut à droite avec votre pièce d’identité. Car vérifier le tout pour 200 candidats, ça prend un certain temps !
A la fin, la voix demande aux surveillants de fermer les portes pour enfin ouvrir les sujets. Ça fait toujours un drôle d’effet de se voir renfermer dans la salle pour pouvoir débuter l’examen, c’est plutôt stressant.
Sachant qu’il y a systématiquement une personne qui arrive à la dernière minute, voire la dernière seconde. Du coup, lorsque les surveillants ferment les portes des candidats se trouvent encore debout pour trouver leur place !
J’y suis allé plusieurs fois ces dernières années, sans grand résultat …
Photo : Les Folies Bergères, Paris
Il n’y a pas longtemps, j’ai abordé ce sujet épineux (XXX. Halal ou pas Halal ?). Il se trouve que cette fois-ci ce sujet ne concerne pas les élèves, mais directement les enseignants et le personnel du collège.
Lors de la journée de prérentrée, nous avons eu un buffet, chose que je salue au passage. Au moins, cela rend la prérentrée festive et plus conviviale.
Sur ce buffet est apparu une pancarte : "HALAL". Que des mets soient achetés, pour ne pas poser de souci, notamment autre chose que des ingrédients à base de porc, à base de poulet par exemple, je trouverais ça très bien, mais de là à prendre carrément du Halal, je ne trouve pas cela normal.
D’autant plus que la journée de prérentrée est tombée un vendredi, et je n’ai pas vu de poisson !!! Je précise que je ne souhaite pas non plus qu’il y ait du poisson.
Qu’on se plie aux différentes religions, je ne suis pas de cet avis, qu’on s’adapte à elles, OUI.
Photo : Cour à Saint Emilion, Paris.
C’est la saison des affectations de nos 3° ; il y a de tout, des élèves satisfaits, puis des rêves brisés. La grosse problématique du moment, c’est de trouver quoi proposer aux élèves n’ont tout simplement rien obtenu !!!
Parmi eux :
- des élèves absentéistes. Après tout, s’ils n’ont pas été présents en cours durant l’année scolaire à quoi bon leur réserver une place en lycée.
- des élèves ayant fourni peu de travail et un comportement extrêmement négatif, donc pareil, tant pis pour eux.
- des élèves avec un faible niveau scolaire, mais sérieux durant l’année. Là c’est franchement regrettable, car ces élèves qui ont fait des efforts, tant sur l’assiduité en cours que sur leur comportement ne sont tout simplement pas récompensés.
Que vont-ils devenir ? S’ils ne vont pas à l’école sachant qu’ils ne sont même pas majeurs, ils ne feront rien de leurs années. Ils vont « zoner » comme beaucoup d’autres qui ont déjà quitté prématurément l’école sans diplôme leur ouvrant les portes d’un travail. Peut-être arriveront-ils à rentrer dans un C.F.A. (Centre de Formation d’Apprentis) l’année suivante. Sinon ils attendront tout simplement leur majorité pour faire des petits boulots …
Triste réalité que celle de l’orientation scolaire …
Photo : Avenue Forchot, Paris.
Parfois, au hasard du calendrier certains jours fériés tombent à côté d’un week end, ce qui permet d’avoir un week end de 3 jours. Dans ce cas particulier tout le monde est content.
D’autres fois le jour férié tombe un mardi ou un jeudi, ce qui favorise la création d’un pont. Soit l’établissement scolaire s’arrange à rattraper la journée perdue par deux demi-journées. Soit il ne se passe rien, et du coup il faut maintenir les cours. C’est cette solution là qui a eu lieu dans notre établissement.
Résultat : ce sont les élèves eux-mêmes qui ont effectué le pont, entre 8 et 10 élèves absents par classe, soit l’équivalent de 30 à 40% des effectifs !
Il faut dire que pour compliquer l’affaire, certains profs ont également déplacé leurs cours pour avoir leur pont !
Bref, cette journée-là c’est un peu "établissement mort", pas très bénéfique en terme d’organisation pédagogique. Mais ce n’est pas grave, car on a pu travailler dans de meilleures conditions avec des effectifs allégés.
Photo : Bibliothèque François Mitterand, Paris.
Lors d’une formation, j’arrive à l’entrée du lieu d’accueil qui se trouve être un établissement dit d’excellence. Sans parler des élèves, le contexte est totalement différent, l’établissement donne sur un parc boisé d’arbres centenaires de plusieurs hectares : ceci est donc la "cour" des élèves. En haut d’une petite colline, une ancienne maison bourgeoise où se trouve l’entrée de l’établissement.
Ça change, de notre cour bétonnée au milieu des tours de la cité.
Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne visiblement !!!
Enfin grâce à cette formation, j’ai pu "souffler" une journée sans aller dans mon établissement, profiter de ce fameux parc et même le must, pique-niquer sur l’herbe !
Vive les formations ! Enfin demain retour à la réalité.
Photo : Tour Eiffel, Paris.
Tout d’abord, peut-être faut-il donner la définition du mot halal : viande préparée selon les prescriptions du Coran.
Maintenant que cela est fait, rentrons dans le vif du sujet.
Lors d’une sortie scolaire de 2 jours, mes collègues, ont acheté et préparé la nourriture du soir pour les élèves et eux-mêmes. Les accompagnateurs souhaitant que tous les élèves mangent, ont préféré acheter des saucisses halal pour effectuer un barbecue. Ils ont pris soin de prendre des saucisses "classiques" pour eux.
Est-ce que ces collègues ont fait du zèle, ou ont-ils été contraints ? C’est la question que je me suis posé.
Du zèle : Je ne pense pas, car ça les a obligé à acheter des saucisses halal et d’autres pour eux. Sachant qu’il y avait probablement des élèves non musulman dans le lot (une minorité) qui n’ont pas eu d’autres choix que de manger du halal.
Contraint : Bien sûr, il n’y a aucune obligation écrite ou de pression de la hiérarchie. Mais s’ils souhaitaient faire un repas barbecue de par la convivialité que cet appareil de cuisson procure, et acheter une nourriture pas trop onéreuse, ils devaient acheter des saucisses. Comme tout le monde le sait les saucisses "traditionnelles" sont faites de porc et plusieurs élèves n’en auraient pas mangées.
Pour éviter ce désagrément, les collègues ont tout simplement préféré prendre du halal. Car si ceci n'avait pas été le cas, plusieurs élèves n’auraient pas mangé, et des familles se seraient probablement plaintes.
Personnellement, je ne trouve pas cela normal. Qu’aurais-je fait à la place de mes collègues ? Je n’en sais rien, acheter uniquement des saucisses au porc, … acheter en plus des cuisses de poulet … toutes les solutions sont discutables, aucune n’est vraiment bonne.
Photo : Sacré Coeur, Paris.
L’Etat vit-t-il à crédit sur le dos de ses fonctionnaires ?
Actuellement, je n’ai eu aucun remboursement de transport en commun (comme tous mes collègues de la région parisienne probablement). Normalement, il y a un remboursement à hauteur de 50% sur les abonnements des transports en commun (merci au Grenelle de l’environnement).
De plus j’ai eu un changement d’échelon il y a plusieurs mois, par contre celui-ci n’est toujours pas intervenu sur la feuille de paye …
Et pour finir, j’ai effectué des heures supplémentaires depuis septembre, qui ont été enregistrées, mais pas mises en paiement …
Le tout monte à plus de 1 000 € tout de même. Et tous les mois, le montant augmente … en espérant que je sois payé avant cet été …
Je ne me plains pas de mon salaire, mais je trouve que c’est un dû, puisque c’est quelque chose que l’Etat nous doit, mais il n’est pas pressé de nous payer. Je ne suis pas sûr qu’il apprécierait dans le cas inverse … genre ne pas payer ses impôts à la date prévue …
Photo : La Tour Eiffel, Paris.
Plusieurs salles de cours ont été dotées de sublime T.N.I., comprenait Tableau Numérique Interactif (lien XXXIII Les Tableaux Numériques Interactifs). C’est le nouveau joujou informatique à la pointe de la modernité.
Il se trouve que son prix est nettement moins jovial : le coût est aux alentours de 6 000 € l’unité. Sachant que chaque établissement est ou va être muni de nombreux T.N.I., entre 10 et 20 dans les collèges, beaucoup plus pour les lycées. Je vous laisse effectuer la multiplication.
Pourtant, les T.N.I. n’ont JAMAIS été demandés par les enseignants, ce que les enseignants réclament, c’est des allégements de classe par exemple, chose qui a un coût nettement inférieur à celui d’installer et d’entretenir les T.N.I.. Mais visiblement, on préfère nous "offrir" des T.N.I., plutôt que de diminuer le nombre d’élèves par classe. Il est vrai que cela ne dépend pas du même budget.
Car, pour diminuer le nombre d’élèves par classe et donc augmenter le nombre d’enseignants, cela dépend de l’état. Tandis que l’achat et l’installation des T.N.I. est à la charge du conseil général pour les collèges. Pour autant, il s’agit toujours de nos impôts !!!
Dans cette histoire, le pire reste à venir, car de nombreux enseignants ne s’en serviront jamais, ils n’en veulent pas. Dernièrement, j’ai même constaté dans une salle de cours, qu’un tableau blanc classique avait été fixé par-dessus le T.N.I. Au moins c’est clair, celui-ci ne peut plus servir, sauf de simple vidéo projecteur !!! A 6 000 € pièce, ça fait tout de même cher le vidéo projecteur ! Que de gaspillage, dans un secteur ou nos besoins ne sont pas entendus, un vrai paradoxe !
Au final, les T.N.I. vont changer la forme du cours, mais le fond reste identique. A mon sens, je pense que c’est très bien d’investir dans ce genre d’outil, il faut vivre avec son temps et l’Éducation Nationale doit aussi se moderniser. L’ennui c’est que nous avançons sur des bases qui ne sont pas forcément saines.
A mon sens, il serait préférable d’investir l’argent de manière plus réfléchie (lien LXXI Ma réforme idéale.).
Photo : Vue parisienne, Paris.
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est là ...
Pour lire le 1er article, il faut lire le dernier !!! (c'est du plus récent au plus ancien)
Lexique.
Grand corps malade : Education
Nationale.

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