Comme régulièrement, les enseignants bénéficient de quelques jours de
formation par an, et cette semaine c'était mon tour avec d'autres collègues.
Donc après avoir prévenu les élèves de la "triste" nouvelle que je ne pourrais
pas assurer les cours en question (ils ont même crié de bonheur), j'en ai parlé à quelques collègues. Quelques un d'entre eux avaient déjà effectué cette formation, ils ont même fait preuve de
compassion à mon égard avant que la formation débute !
Je me suis donc présenté à celle-ci avec une opinion plutôt
négative.
La formation débute, tout le monde s'assoit à une table, sachant que ces
tables sont en disposition rectangulaire pour faciliter ainsi les échanges. Nos deux formateurs sont du personnel d'encadrement, l'un est principal et le 2nd est proviseur. Pour ceux
qui ne connaissent pas la différence, le principal est le boss d'un collège, tandis que le proviseur est le grand chef d'un lycée, général, technique ou professionnel.
A la suite, nous effectuons le traditionnel tour de table, en nous présentant,
Prénom, NOM, matière enseignée, établissement d'enseignement, …
Lorsque je me présente, au nom de mon établissement, j'obtiens quelques
remarques "ça doit être dur", "ah oui", "ouille", … Je constate donc que mon établissement est réputé … du mauvais côté vous l'aurez compris !
Inutile de parler du sujet de cette formation qui n'a finalement que peu
d'importance, voire même aucune. Par contre, ce qui est intéressant c'est de voir de quoi parlent les enseignants en formation. Et bien évidemment ils échangent sur leurs
difficultés au travail, et il y en a beaucoup.
Mais lors de cette formation, j'ai appris plein des choses très intéressantes,
qui ne sont pas en lien avec l'intitulé de la formation.
Nos formateurs ont délié leurs langues, car en temps normal, les personnels
d'encadrement sont les derniers à expliquer ce qui ne va pas dans le système de part leurs positions hiérarchique et le fameux devoir de réserve qui est à un niveau supérieur que celui des
enseignants (LI. La censure.).
Qu'est ce que j'ai pu apprendre de si intéressant ?
Et bien j'ai appris plein de statistique, par exemple, dans le lycée du
formateur, il y a 50 % de perte d'effectif entre la rentrée pour la 1ère année du BEP et la présentation des élèves à l'examen soit 2 ans après !!! Où sont-ils
passés ? Et bien ils sont tout simplement dans la nature, car ils ont plus de 16 ans, donc l'école n'est plus obligatoire. Un élève sur deux est par conséquent en échec scolaire avant
même de passer le diplôme. Car ne croyais pas que les 50 % restant obtiendraient tous leurs BEP …
Ce formateur a continué sur son discours fort instructif en nous posant une
question : "D'après vous, sur une classe de 15 élèves en CAP, combien sont présents en moyenne sur l'année ? ".Nous ne savions pas vraiment quoi répondre, il reprend la parole pour nous donner la
réponse : "En moyenne, c'est 5 élèves présents !". Ce qui correspond donc à un taux de 66 % d'absentéisme ! Le proviseur continue sur sa lancée, comme si il avait besoin d'en
parler pour se libérer face à cette aberration : "L'absentéisme est un ravage de notre époque dans mon établissement, et nous subissons car nous ne pouvons rien y
faire.".
Si les proviseurs subissent, que faisons nous en tant que simple enseignant
?
Il existe bien une solution, mais celle-ci n'est jamais appliquée par souci
d'éthique. Je veux parler des allocations familiales (sujet développé ultérieurement).
A la fin de notre journée, nous avons obtenu un petit livret, avec plein de
statistiques très parlantes, dont je vais vous faire part, pour une partie. Je vous les donne à la volée.
Il est écrit que 4 % des enseignants de mon établissement ont plus de 10
ans d'ancienneté au sein du collège, c'est faible, très faible comme taux de stabilité de nos effectifs.
A l'entrée en 6ème, un élève sur trois à au minimum un an de
retard.
Plus de 60 % de nos élèves sont issus de familles défavorisées.
C'es statistiques sont sensiblement équivalentes pour les autres
établissements de la commune et des communes voisines.
A la fin de la lecture de ces différents taux, nous comprenons que LA
solution n'existe pas, parce qu'il n'y a pas UN problème, mais une multitude d'obstacles, qui rendent leurs résolutions complexes, et la vie dans l'enceinte des établissements y est
difficile.

Photo : Les Champs Elysée, Paris.
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